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 Embuscade en Indochine.

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LAPORTE
Chasseur " C.d.M "
Chasseur


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LOCALISATION : Nouvelle Calédonie
COLLECTION : Tout ce qui se rapporte aux chars de 1935 à nos jours

MessageSujet: Embuscade en Indochine.   Sam 21 Aoû - 14:11:38



Lettre écrite en INDOCHINE par Louis A....... MDL Chef de Gendarmerie, à sa femme Marie.

BENTRE le 18 février 1948 – 9 h 10.

Il y a peu d’animation dans la cour du Service-auto. Les moteurs bourdonnent. Les hommes grimpent mollement sur les camions. Le convoi de l’Escadron Hors rang (un 6x6, un 4x4) va quitter BENTRE pour BAC MYTHO.
Sur le 6x6, le chauffeur D…… armé d’un simple pistolet, les gardes ALL…., TH…….., BL……., M….. avec armement individuel (5 hommes).
Sur le 4x4, le chauffeur J…….., les gardes AR……. Tireur au F.M., LEM…..chargeur, A....., BER…. BR……, COL…….., GU…….., JUL……., moi même avec armement individuel (10 hommes). Les derniers ordres donnés, on démarre.

Certains de passer sans encombre, depuis un mois nous faisons ce parcours à la même heure, jamais nous n’avons été inquiétés.
« AS DE CARREAU », « BALAI NORD », les postes défilent, puis voici « MATERNITE », la route est droite jusqu’à BAC MYTHO à 3 kms de là, et de là, nous prendrons le chemin du retour avec le 4x4 seulement, le 6x6 traversant le bac pour se rendre à SAÏGON. Les camions foncent à vive allure sur la route bordée de cocotiers. Voici « TANHUEDONG ».

Brusquement éclate sur la gauche à une cinquantaine de mètres du 4x4 le crachement rageur d’un F.M. Le chauffeur J…….., remarquable de sang froid stoppe son camion aussitôt. Neuf (9) hommes sautent à terre, le garde A....., blessé au ventre par la première rafale gémit au fond du camion. Pendant ¾ d’heure que durera l’accrochage, ses plaintes ne cesseront pas et il endurera d’horribles souffrances : deux fois et se tordant de douleur, il tombera du camion ; deux fois, malgré les rafales du F.M. du Viet-Minh, le garde JUL….. le relèvera. Sitôt à terre, le garde AN…., avec un léger frisson, s’apercevra que le coin de sa crosse a été fracassé par une balle (une qui a passé près).
Les hommes se postent et la défense commence ; de part et d’autre les F.M. et armes individuelles font rage. De tous côtés, nous sommes harcelés et c’est en « essaim » que nous devons combattre.
Les balles sifflent, crèvent les pneus, percent les tôles et pare-chocs du camion, soulevant la poussière et toujours, ce F.M. nous harcèle de son feu nourri. Nous ne nous faisons aucune illusion, nous sommes encerclés. A 300 mètres devant nous, une violente explosion vient de se faire entendre. (Nous saurons ¾ d’heure plus tard, quand les occupants du 6x6 nous auront rejoints que ce dernier a sauté sur 2 mines posées par les Viet-Minh.
Maintenant la bataille fait rage, les Viets resserrent leur étreinte, quelques grenades lancées de part et d’autre les maintiennent à distance, puis soudain, dominant la fusillade, une voix s’élève parmi les rebelles : « en avant, à l’assaut du camion en avant ». Ces quelques mots lancés en français nous glacent d’effroi et savons que si nous tombons entre leurs mains, ce qui nous attend. Nous sommes perdus, mais ils ne nous auront pas vivants. Aussi, voulant vendre chèrement notre vie, nous redoublons d’ardeur par un feu nourri et quelques grenades.

A 50 mètres, sur la route, nous apercevons trois silhouettes venant dans notre direction au pas gymnastique ; nous hésitons à tirer sachant que les occupants du 6x6 peuvent nous rejoindre ; en effet, ce sont eux qui, malgré les balles qui sifflent à leurs oreilles, arriveront à nous rejoindre. Ce sont : le chauffeur D……….. fort commotionné, le garde AL………..blessé à la base du nez et TH……..une balle dans le coup de pied gauche. Une vive lueur perce les ténèbres à 300 mètres devant nous. Ce sont les Viet-Minh, qui après avoir pillé le camion, l’ont arrosé d’essence et incendié.
Renforcés de ces trois collègues, nous décidons de tenter une sortie et nous replier sur le poste de « TANHUEDONG » à 400 mètres de là ; c’est risqué : les Viets sont nombreux et de tous côtés (à l’arrivée des renforts, nous apprendrons qu’ils étaient 400 avec de nombreuses armes automatiques.)
Les derniers commandements donnés, le chauffeur J……au volant de son 4x4, les hommes, baïonnette au canon, tentant l’impossible, couvrent de chaque côté de la route. Puis le 4x4 en marche arrière, phares éblouissants, le repli commence. Les hommes, comme des automates, fouillent les ténèbres du regard d’où peuvent bondir, soudain une bande de rebelles. Chose extraordinaire, les coups de feu deviennent de moins en moins nombreux, puis soudain, tout se tait. Nous en sommes tous ébahis. Nous apprendrons après l’arrivée des renforts qu’une nouvelle mine avait été posée par les Viet-Minh pendant l’accrochage entre le lieu de l’embuscade et le poste de « TANHUEDONG » pour nous couper notre seul chemin de repli.

Enfin, nous atteignons le poste. Mais malgré nos appels « Français, ouvrez-nous », les occupants hésitent à ouvrir. Pendant ce temps, les Viets, surpris du succès de repli, recommencent à diriger sur nous un feu nourri, mais heureusement point efficace. Le tireur au F.M. ne réalisant pas le danger que courent tous ces hommes en paquet devant l’entrée du poste, n’a qu’une seule idée comme beaucoup des hommes présents : rentrer dans le poste pour être enfin à l’abri : deux autres encore plus impatients commencent à arracher les bambous de la clôture du poste. Enfin la porte s’ouvre, c’est alors une ruée vers l’intérieur. L’un plus pressé que les autres, certainement, le garde BR….perd sa baïonnette. Pendant ce temps, le camarade A..... , se plaignant à peine est toujours dans le 4x4 : fort heureusement, trois gardes AN….JOL….J….sont encore là ; deux l’emportent et cette fois tous les hommes sont à l’intérieur.
Dans le poste la défense s’organise car les Viet-Minh furieux d’avoir été joués par quelques hommes seulement, veulent à tout prix brûler le 2ème camion resté devant l’entrée du poste et, qui sait, prendre le poste peut-être.
Notre camarade A..... , inconscient depuis la rentrée au poste s’éteindra sans une nouvelle plainte (il était 6 h 30). Puis les blessés étant pansés, à ce moment, nous verrons que deux camarades sont absents. Une nouvelle fois la fusillade cesse peu à peu, le jour se lève et nous voyons à travers les créneaux du poste, en direction du poste « MATERNITE » les occupants de ce dernier, colonne par un, sans prêter attention aux balles Viet-Minh, qui sifflent toujours de temps à autre, venir à notre secours. Nous sortons avec quelques gardes et avec la brigade catholique, nous partons à la recherche de nos deux collègues. Le F.M. est resté au poste. Pourquoi sortirait-il ? Il a fait sa part et est sorti sain et sauf, les petits copains vont bien faire le reste. Les coups de feu deviennent rares, ce qui nous permet de repérer le terrain dans ses moindres détails. Le chauffeur J…..retrouvera le garde M……à 350 mètres de là, couvert de boue, blessé à la hanche par un éclat de mine. (enfoncé dans la vase jusqu’au cou pendant l’accrochage, il y fut camouflé, ce qui l’empêcha d’être découvert par les Viet-Minh. Le garde BRU….portera le garde BL…..pendant une centaine de mètres (ce dernier blessé à la cuisse par un éclat de mine et une balle dans le pied droit – perdu fusil et cartouchière) les Viets sauront s’en servir.

Afin de soulager le garde BR….qui vient de fournir un gros effort en portant ce camarade, un brancard est fait en hâte avec quelques fusils. Alors que le garde AN….prenant le blessé par les jambes, le garde BRU….le prend par les épaules pour le déposer sur cette civière de fortune, éclate soudain une vive fusillade qui fauche la route. Les balles sifflent, miaulent, soulèvent la poussière et toujours le F.M. crachent son feu meurtrier : chacun se planque dans les fossés, même le blessé par ses propres moyens. Les fusils en croix sur la route, sont récupérés à bout de bras, car, même à plat ventre sur la route, ce serait mortel pour celui qui le tenterait. La plupart des hommes empruntant les fossés bordant la route, regagnent le poste à 150 mètres de là. Seuls restent les blessés BL…, le garde BR… et AN…..et c’est le lent repli en direction du poste. Les balles avec un bruit de chat voulant griffer, viennent piquer en terre à 50 cms, 20 parfois de nos têtes. (Le tireur Viet n’est vraiment pas un soldat de fortune comme on le représente). Enfin après un ¼ d’heure de lente progression, le poste est atteint sans aucun incident. Malgré un mort et 5 blessés, un camion incendié, un fusil perdu, quelle défaite pour les rebelles au nombre de 400, nous qui étions 15 avec un seul F.M. et armes individuelles.

C’est au début de cette embuscade que j’ai réalisé que notre vie ne tenait qu’à un fil. En quelques secondes, j’ai en esprit, vu ma vie se dérouler depuis mes souvenirs d’enfance, en songeant à tous ceux que j’allais quitter. Puis, subitement, j’ai réalisé que la situation n’était pas dans les souvenirs mais dans le présent. Et ma caisse de grenades (personnelle) a fait le reste. Sans ces « grenades » l’issue de cette embuscade se serait terminée au tragique.
De cette tragique embuscade, des braves parmi les braves, ont bien mérité les citations qui leur ont été accordées.
Ce sont :
D…..A l’ordre de la Brigade (chauffeur 6x6)
BL….blessé (perdu fusil, baïonnette et cartouchière)
BR… A l’ordre de la Division (perdu baïonnette)
J……A l’ordre de la Brigade (chauffeur 4x4)
AR….A l’ordre de la Brigade (tireur au F.M.)
AN….A l’ordre de la Brigade

PS Louis est décédé et sa femme Marie est toujours vivante et magnifiquement alerte malgré ses 85 ans
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cantal
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MessageSujet: Re: Embuscade en Indochine.   Dim 26 Sep - 12:51:47

superbe temoignage.
Est ce tiré d'un carnet de route ou est ce une lettre non censurée.
Emouvant .

cantal
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Albéric16
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MessageSujet: Re: Embuscade en Indochine.   Dim 26 Sep - 13:26:50

Bonjour,


Merci pour ce récit historique digne d'intérêt!

Albéric
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LAPORTE
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MessageSujet: Message à la cantonnade.   Lun 27 Sep - 8:24:14

Bonjour à tous les prévots.

Cette lettre que j'ai publiée avec l'accord de la personne qui l'a reçue, est une lettre authentique, non censurée, d'un mdl/chef en poste en Indochine à sa femme restée en France. J'ai eu dans les mains l'original. En fait pendant trois ans il a écrit une lettre par jour à son épouse.

J'espère publier d'autres témoignages du même accabit avec la même source.
Amitiés à tous.
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Embuscade en Indochine.
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