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 Un petit gendarme d’Hondschoote

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teite
Sergent Chef " C.d.M "
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MessageSujet: Un petit gendarme d’Hondschoote   Lun 11 Mar - 11:22:06

Un petit mémo concernant mon arrière-arrière-grand-père maternel extrait d’un recueil familial en cours de rédaction.

Jean-François Louis TEITE, Gendarme à la 24ème légion de gendarmerie du Pas de Calais, chevalier de la Légion d’Honneur(NIII), décoré de la Médaille Militaire NIII,
° Hondschoote (59) 02.01.1817 + Dunkerque 28.03.1875.
Il x Philippeville, Algérie 30.08.1856
Jeanne Sophie MAULAZ ° Bioley, Suisse, 05.05.1834 + Dunkerque 30.10.1918.


A votre avis, que peut faire un jeune homme né en 1817 à Hondschoote s’il n’a pas envie de suivre le destin de cabaretier de son père et de son grand-père ?
Et bien il s’engage dans la gendarmerie ! Et pourquoi la gendarmerie et tout particulièrement à Hondschoote.
Tout simplement parce que cette arme, toute récente à l’époque, s’y est couverte de gloire 24 ans plus tôt (1793) lors de la bataille d’Hondschoote (1).

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(1) HONDSCHOOTE : grosse bourgade au sud-est de Dunkerque. Elle est aujourd’hui quasiment oubliée de tous. C’est bien dommage, car il s’y est joué une partie de l’histoire de France et notamment de celle de la République ainsi qu’une partie de celle de l’Europe le 8 septembre 1793. Une bataille, bien plus conséquente d’ailleurs que celle de Valmy (20 septembre 1792) s’y est déroulée.
Les troupes de la première coalition occupent la région, Dunkerque est encerclée par les britanniques (décidément ceux-là…) et Hondschoote est occupée par les troupes de l’électorat de Hanovre. Sous les ordres des généraux Houchard et Jourdan, l’armée républicaine gagne, de haute lutte, la bataille.




Vous noterez la présence d’un moulin, forcément bien plus beau que celui de Valmy, reconstruit depuis :

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Cette victoire ne profite malheureusement pas au pauvre général Houchard à qui on reproche sa « frilosité » et de ne pas avoir suffisamment exploité son avantage sur l’ennemi et, ….on lui coupe la tête ! (pratique assez usuelle à l’époque pour marquer son mécontentement)
Notez également qu’au XVIème et XVIIème siècle, Hondschoote est la capitale mondiale de la sayetterie (confection d’étoffes légères en laine et soie) et est une ville très prospère qui compte environ 15 000 âmes au milieu du XVIème ce qui est énorme pour l’époque. (4000 aujourd’hui !)
Elle fût également un des berceaux du protestantisme en Flandres et il s’y déroula de nombreuses exactions, à tel point qu’elle fut, au XVIème également, surnommée « Hondschoote la sanglante ».En 1566, les Protestants deviennent des Gueux et, au fur et à mesure des persécutions s’exilent en Angleterre ou vers les Provinces Unies entraînant le déclin des villes négociantes du secteur.
Enfin, c’est également le berceau de la Gendarmerie. Ce corps constitué par la Convention s’illustre tout particulièrement à cette bataille, pour la première fois. Hondschoote est à la gendarmerie ce que Camerone est à la légion étrangère et Bazeilles aux troupes de marine.


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Jean-François Louis TEITE est né le 02 janvier 1817. Il a 10 ans et joue encore aux billes dans les ruelles d’Hondschoote quand se produit un incident fâcheux quelque part dans le protectorat turc d’Alger. En effet, au même titre que le turbulent Jean-François a du s’en prendre quelques unes à cette époque, notre honorable Consul général de France se prend une « baffe » du régent d’Alger(2). Personne n’en entend sans doute parler à Hondschoote, mais cet affront aura une importance vitale pour Jean-François et l’avenir de la famille ainsi qu’accessoirement pour l’Histoire. Il ne le sait pas à l’époque, il joue aux billes…

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(2)En effet, une sombre dette contractée par le général Bonaparte auprès du Dey d’Alger pour acheter du blé (1800 campagne d’Egypte), entache quelque peu nos relations avec Alger puisque le remboursement tarde…
Le 30 avril 1827, le très ombrageux et mesquin pacha Hussein Dey demande, lors d’une audience, à notre brave consul, Pierre DEVAL, quelle est la réponse du roi de France à ses nombreuses lettres de relance restées sans effet.
Apparemment, la réponse ne lui convient pas puisqu’il inflige au consul, non pas une baffe, mais ce qui est bien pire, des coups de « chasse mouches ». Imaginez, à l’époque, le consul de France se prendre des coups de « chasse mouches », en public…


[img][/img]

Petit détail technique qui a son importance, ce « chasse mouche », outre son aspect pratique pour éloigner les drosophiles locales, est le symbole du pouvoir régalien délégué au pacha d’Alger. Le geste n’en a que plus d’importance.

Et comme à l’époque on ne rigole pas avec les principes, çà se termine mal !

C’est la guerre qui débouche dès 1830 sur la campagne et la prise d’Alger et les débuts de la colonisation, puis au gré des Restaurations et de leur intermède, de la Monarchie de Juillet, du second empire et des Républiques sur une annexion totale à la France, avec la fin que l’on sait.

La colonisation commencera dès 1830 et intéressa les populations de l’Europe entière et au-delà. On y verra même des familles suisses…!


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Comme cela a été dit, notre brave Jean-François n’est pas tenté par le commerce et le cabaret paternel.

Il s’engage dans la gendarmerie, très exactement à la 24ème légion de gendarmerie du Pas de Calais. Depuis la fameuse bataille, la gendarmerie à la côte à Hondschoote !

Et, il suit sa légion dans ses campagnes et c’est ainsi qu’on le retrouve en Algérie, sous le second Empire.

Il y épouse à Philippeville, le 30 août 1856, Jeanne Sophie MAULAZ, une jeune suissesse (née à Bioley, en Suisse, le 05 mai 1834) et fraîchement arrivée avec les premiers colons.

Le comportement de Jean-François est apparemment irréprochable et très efficace.
C’est un vrai « Moustachu »* puisqu’il lui est décerné la Médaille Militaire(3) le 30 décembre 1862 et Légion d’Honneur (4) (chevalier) le 14 mars 1864.

*« Moustachu » : Le règlement relatif au port de la moustache et de la barbe dans la gendarmerie stipule dans son article 191 du règlement du 9 avril 1858 les précisions suivantes :
" Les moustaches doivent s'étendre sur toute la longueur de la lèvre inférieure. La largeur de la mouche ne doit pas dépasser 4 cm et sa longueur 6.
Les favoris ne dépassent pas le bas de l'oreille de plus de 10 mm et ne se joignent pas aux moustaches qui ne doivent être ni cirées ni graissées"

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(3)La Médaille Militaire : décoration instituée par Louis Napoléon Bonaparte le 22 janvier 1852 pour récompenser les militaires non officiers. C’est le « Bijoux de la Nation », la « Médaille des Braves ».
Les « non officiers » n’ont plus droit à la Légion d’Honneur sauf à titre exceptionnel.
Notons que la Médaille Militaire peut exceptionnellement être attribuée à des généraux ayant commandé « en chef » devant l’ennemi, avec succès de préférence! (Joffre, Foch, Pétain, Gallieni, Lyautey, Leclerc, de Lattre, Juin en ont été ainsi décorés.)

Les premiers récipiendaires ont droit à un beau discours du Prince-Président :

« […] Soldats, combien de fois ai-je regretté de voir des soldats et des sous-officiers rentrer dans leurs foyers sans récompense, quoique par la durée de leurs services, par des blessures, par des actions dignes d’éloges, ils eussent mérité un témoignage de satisfaction de la patrie ! […] C'est pour le leur accorder que j'ai institué cette médaille […]. Elle assurera 100 francs* de rente viagère ; c'est peu, certainement ; mais ce qui est beaucoup, c'est le ruban que vous porterez sur la poitrine et qui dira à vos camarades, à vos familles, à vos concitoyens que celui qui la porte est un brave. »

*100 francs or ! Une rente annuelle couvrant, à l’époque, les frais pour le tabac et le pain à vie ! En 2006, elle n’est plus que de 4.57€ ! (Autres temps, autres mœurs !)

La décoration ne comporte pas de grade. Ainsi le simple 2ème classe et le général se retrouvent sur un pied d’égalité …honorifique.

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(4)La Légion d’Honneur :

La Révolution supprima toutes les distinctions selon le sacro- saint principe d’Egalité.
Sous le Consulat, on revint timidement à des distinctions honorifiques, uniquement pour les militaires, sous la forme dite des « armes d’honneur ». (Il s’agissait d’armes embellies, portant une indication nominative et dont l’attribution ouvrait droit à un supplément de paie).

Napoléon pose dès 1802 les fondamentaux de l’Ordre de la Légion d’Honneur (19 mai 1802) selon l’idée :

« Je défie, déclarait le Premier Consul, qu'on me montre une République ancienne ou moderne dans laquelle il n'y a pas eu de distinctions (...). Les Français (...) n'ont qu'un sentiment, l'honneur. Il leur faut donc donner un aliment à ce sentiment-là ; il leur faut des distinctions. »

Il rajoute :

"Si l'on distinguait les hommes en militaires ou en civils, on établirait deux Ordres tandis qu'il n'y a qu'une Nation. Si l'on ne décernait des honneurs qu'aux militaires, cette préférence serait encore pire car, alors, la Nation ne serait plus rien."

L’ordre concernera donc les militaires et les civils.

L’Ordre fut maintenu, modifié, chaque régime y apportant sa patte.

Napoléon III, qui signa le décret d’attribution de l’aïeul, en modifia lui-même une partie, créant notamment le Conseil de l’Ordre et remettant à l’ordre du jour la notion de pension attribuée aux récipiendaires, permettant ainsi d’assurer un revenu aux vieux soldats méritants.


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NB : je ne connais pas les circonstances qui lui ont permis de se voir décerner la Médaille Militaire toute fraîchement crée par l’empereur.
Je ne connais pas non plus les circonstances qui lui ont permis de se voir décerner la Légion d’Honneur, en tant que simple gendarme, alors que cet ordre était devenu, depuis la création de la Médaille Militaire, réservé aux officiers !


Le couple rentre en France et, au gré des affectations, donne naissance à Calais le 12 mars 1864 à la mère de mon grand-père, Maurice CHINOT, Eugénie Rosalie TEITE.

La famille retourne à Dunkerque. Jean-François s’y éteint le 28 mars 1875 et Jeanne-Sophie le 30 octobre 1918.





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J’ignore tout du reste et notamment du journal de marche de la 24ème Légion de gendarmerie du Pas de Calais
Je suis donc preneur de toutes vos informations à ce sujet mais aussi et surtout attentif à vos correctifs concernant mes possibles erreurs.



On parlera de Maurice CHINOT, son petit-fils et mon grand-père plus tard....


Dernière édition par teite le Lun 11 Mar - 12:06:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un petit gendarme d’Hondschoote   Lun 11 Mar - 11:44:57

Ah, j'oubliais! La pension!

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MessageSujet: Re: Un petit gendarme d’Hondschoote   Lun 11 Mar - 11:56:37

Bonjour

Superbe présentation de souvenirs familiaux!!!


Joel
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MessageSujet: Re: Un petit gendarme d’Hondschoote   Lun 11 Mar - 17:58:06

Bonjour à vous, pour illustrer cette très intéressante présentation :



D'après l'aquarelle du commandant Bucquoy 1936 - " Les gendarmes de la 32ème Division de Gendarmerie à pied, enlevant les redoutes d'Hondschoote".

La 32ème Division de Gendarmerie est constituées avec la 31ème en application du Décret des 12-16 août 1792 par prélèvement d'un gendarme sur les 1600 brigades.
La 32ème Division de Gendarmerie, aux ordres du général Leclaire, fait partie de l'aile gauche du dispositif du général Houchard, commandant l'armée du Nord de la France et des Ardennes dont la mission est de dégager Dunkerque assiégée par les Anglais.
La 32ème Division, le 7 septembre au soir, se trouve aux lisières de Hondschoote, petit village de Flandre Maritime. Le 8 septembre, au petit matin elle est désignée pour prendre d'assaut la localité , tenue par les Hanovriens. Malgré la résistance acharnée de l'ennemi, les gendarmes, après de furieux combats s'emparent de l'objectif assigné. Ce combat fit 117 victimes sur les 400 hommes de la Division. Les gendarmes font 300 prisonniers, enlèvent un drapeau et de nombreux canons. L'ennemi recule et Dunkerque est dégagé.

Hondschoote 1793 est inscrit sur le drapeau de la gendarmerie.

Cdlt Christian


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teite
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MessageSujet: Re: Un petit gendarme d’Hondschoote   Lun 11 Mar - 19:16:02

merci pour ce précieux apport et cette splendide aquarelle. ( quel beau jaune que celui de ce pantalon )
merci également de noter que je suis à la recherche d'une belle iconographie ( ci-possible une photo) d'un beau gendarme (pléonasme!), si possible sous le Second Empire pour l'illustration de mon recueil familial.
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MessageSujet: Re: Un petit gendarme d’Hondschoote   Lun 11 Mar - 19:24:28

@teite a écrit:
....quel beau jaune que celui de ce pantalon

Salut à tous !
C'est ce jaune qui est à l'origine du sobriquet "pandore". Les culottes de l'époque s'appelaient des pants et plus particulièrement pour les gendarmes, des "pants d'or".
Cordialement.
Gégé.

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Entendu lors de l'Euro 2016 : "A trop vouloir écarter les Suisses, on risque d'avoir mal à la nuque."
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teite
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MessageSujet: Re: Un petit gendarme d’Hondschoote   Lun 11 Mar - 21:28:50

Une anecdote que je ne connaissais pas du tout!

de plus, venant de quelqu'un qui s'intéresse aux munitions de 1850 à 1870...
moi je commence à 1866!

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