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 Mai 1945 - CR du chef du 2° Bureau de la 2° DB suite à sa visite à/de DACHAU

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DEBRAY
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MessageSujet: Mai 1945 - CR du chef du 2° Bureau de la 2° DB suite à sa visite à/de DACHAU   Lun 23 Mai - 21:50:29

Bonsoir les Chasseurs,

Quand je suis arrivé sur ce FORUM, j'avais cru comprendre qu'il souhaitait "sauver LA Mémoire"
Avec mes faibles connaissances, j'ai essayé de participer à ce "sauvetage"
Depuis qques temps je pense au document que je vais vous donner.
Je savais que je l'avais, ce soir je l'ai retrouvé ! Par contre je n'ai pas retrouvé le "chapitre" où l'insérer. Aussi cher LS, glisse le au bon endroit si je me suis planté !

Chef du 2° bureau de la 2° DB - Mai 1945 a écrit:

DEUXIEME DIVISION BLINDEE
GROUPEMENT TACTIQUE "V"
ÉTAT-MAJOR
66
2EME BUREAU

NOTES SUR LE CAMP DE DACHAU
le lieutenant CURIAL, chef du 2ème bureau

20 AU 30 MAI 1945

I – ASPECT GENERAL DU CAMP DES FRANÇAIS
Le camp a été libéré par les Américains à la fin d'avril. HIMLER avait donné l'ordre dans le courant du même mois de "liquider" l'ensemble des déportés au cas où le camp serait menacé par les troupes alliées. On doit reconnaître que l'inexécution de cet ordre par le commandant du camp a valu la vie sauve à l'ensemble des déportés. Tous les gardiens du camp ont été exécutés par les Américains à leur arrivée, exception faite d'un tortionnaire sur lequel des documents importants ont été trouvés et qui sera conservé pour enquête.

Les Français ont été très vite après leur délivrance, installés dans des baraquements en ciment et en bois, anciennement occupés par leurs gardiens SS ; ils sont plus de 3 000 au début ; très vite des isolés quittent le camp (éléments les moins valables m'a-t-on dit, désirant prendre le large parce que leur conscience n'est pas tranquille, et le pouvant plus facilement que d'autres parce que leur estomac est bien rempli, en particulier grâce aux colis dérobés à leurs camarades) ; les autres déportés français – 2 500 à 3 000 – attendront le retour collectif des 29 et 30 mai.

Il y a deux organismes, d'abord clandestins ensuite officiels, qui se chargent de la représentation des déportés : sur le plan international, un comité qui groupera les représentants de tous les pays qui ont des ressortissants déportés ; sur le plan national, un comité qui sera, pour la France, présidé par Mr MICHELET, premier en date des déportés politiques français de DACHAU. Mr MICHELET appellera au comité les représentants des formations politiques ou professionnelles qui se sont engagées dans le camp (catholiques, communistes, etc. …). Le comité national organise et contrôle les différents services du camp (recensement des déportés, ravitaillement, matériel, organisation du rapatriement, etc. …), il prend officiellement contact avec les Américains, reçoit les missions françaises qui seront envoyées sur place.

Il est à noter que les Français, les Espagnols (le sort de ceux-ci sera en toutes circonstances, rapatriement y compris, lié à celui de leurs camarades Français) ainsi qu'une vingtaine de Norvégiens, seront les seuls à occuper les anciens cantonnements SS ; les déportés des autres nations continueront à habiter dans le camp proprement dit.

Le camp de DACHAU a été grossi avant l'arrivée des Alliés par des convois de déportés venant d'autres camps ou d'autres commandos (BUCHENWALD, AUSCHWITZ, etc. …). Ces transports de déportés se sont effectués dans des conditions souvent effroyables, la mortalité a été très forte (plus de 60% de morts au cous d'un de ces transports).


II – ETAT SANITAIRE
Les déportés déclarés valides (70 à 80% de l'ensemble des Français) souffrent tous de dénutrition, quelques uns des suites des dures fatigues supportées. Tous ces hommes devront bénéficier d'une longue période de repos pour se réhabituer au moral comme au physique, à une condition d'homme libre.

Les déportés malades sont soignés :
À) à l'hôpital américain installé dès la Libération du camp (cet hôpital recueille les typhiques qui étaient encore plus de 200 le 31 mai). Installation correcte.
b) à l'hôpital français complémentaire, organisé par une mission française arrivée dès le début de mai : la MISSION VATICANE, 150 lits, soins assurés par médecins français, médecins déportés, qui seront relevés dans la mesure où les évacuations le permettront. Il y a aussi des infirmiers déportés et des sœurs de charité. Enfin, le médecin commandant RUBE de la 2ème DB, ainsi que les deux infirmières de la Cie Médicale, Mlles BARBIER et FABRE, viendront renforcer le corps médical. Installation décente.
c) à l'infirmerie du cantonnement français : 150 lits, soins assurés par médecins et infirmiers déportés, installation très insuffisante.
d) à l'ancien REVIER SS, corps médical composé de médecins allemands, polonais et américains.

En tout, plus de 500 malades hospitalisés ; l'unité dans l'hospitalisation des malades sera peu à peu réalisée au bénéfice de l'hôpital français de la Mission Vaticane, au fur et à mesure que le permettront les évacuations.

Une épidémie de typhus s'étendra tous le mois de mai ; typhus bénin qui causera peu de décès ; par contre, cas nombreux de dysenterie et de diarrhée qui causeront des morts ; quelques morts par épuisement. L'hôpital français et l'infirmerie du camp comptent une forte proportion de tuberculeux ; l'état de maigreur des déportés hospitalisés et surtout des typhiques convalescents, est saisissant.

III – ETAT VESTIMENTAIRE ET QUESTIONS MATERIELLES
Les déportés quitteront peu à peu leur costume rayé, souvent en lambeaux, pour se vêtir de tenues SS récupérées au moment de la libération du camp ; ils trouvent aussi des chaussures et des bottes prélevées sur les magasins SS ; ils emportent à peu près tous les coupons d'étoffe et du cuir trouvés dans les mêmes conditions (ils auront le droit à leur départ, à un maximum de 25 kg de bagages).

Les déportés logés dans les cantonnements SS sont nourris sur des réserves alimentaires de leurs ex-gardiens auxquelles s'ajoutent quelques rations américaines ; on note un abus de conserves qui n'est pas étranger aux défaillances intestinales constatées plus haut ; des unités de la deuxième DB et de la 1ère Armée feront aussi parvenir du ravitaillement aux déportés. De ce côté là, la situation est aussi bonne qu'elle peut l'être. Les plaintes n'en seront pas moins très nombreuses.

IV – LA SITUATION MORALE
Le moral des déportés est dominé par la préoccupation essentielle du rapatriement. Toutes les nouvelles et tous les bobards qui circuleront dans le camp auront le rapatriement pour thème.

La curiosité des déportés est aiguillée vers les conditions matérielles de vie qu'ils trouveront à leur retour en France. Quelques déportés s'inquiétèrent cependant du relèvement de notre pays et de l'état des esprits. Ils s'étonnent de bonne foi à l'annonce des difficultés qui leur sont cependant présentées avec modération, ils voudraient retrouver en France quelque climat "d'union sacrée" et au même instant dans la collectivité restreinte qu'ils forment, se font jour des sympathies et apparaissent des différences d'opinions politiques. Cela tient en premier lieu de la diversité d'origine des déportés (déportés politiques, prisonniers de guerre punis, déportés du travail qui se sont signalés pour sabotage d'une part, d'autre part travailleurs volontaires châtiés, travailleurs arrêtés pour faits de droit commun, enfin collaborateurs hésitants ou SS français de la division Charlemagne déserteurs). On comprendra aisément le désir manifesté par les vrais déportés politiques, de ne pas être confondus à leur retour en France avec des traîtres même pas repentis. Aussi réclament-ils tous une enquête qui puisse justifier de leur honnêteté vis à vis de leurs concitoyens et les distinguer des mauvais éléments qui seront rapatriés en même temps qu'eux. D'autre part, j'ai constaté que les groupements politiques, et en particulier le parti communiste, a organisé un groupe (200 à 300 adhérents) et des réunions aussitôt la libération du camp. Les éléments catholiques, à peu près aussi nombreux, en ont fait autant ; on a même constaté, sur l'initiative des communistes, à des tentatives de fusion des jeunes éléments communistes et des jeunes éléments catholiques sous l'égide d'une "Union républicaine des jeunes déportés".


V – CONCLUSION
Les déportés quittent l'Allemagne et se retrouvent donc en France dans un état complet de dénuement : ils sont diminués physiquement, soucieux de l'avenir, ignorants des événements politiques des derniers mois. C'est un leurre que de croire que dans une collectivité, une communauté de souffrances puisse faire jaillir une communauté de sentiments et préparer un programme d'action commune. Quelques hommes de qualité, et ils se trouvent surtout chez les déportés politiques, ont pu réfléchir cependant au cours de leur épreuve et sont plus que quiconque en état d'aborder les problèmes et les difficultés qui se présentent devant nos pas. La masse des déportés, elle, devra être le plus vite possible, physiquement et moralement, réhabituée ; et les pouvoirs publics auront à cœur de tout faire pour faciliter et encourager cette "remontée à la surface". C'est à cette condition qu'on pourra éviter chez les déportés par trop d'aigreur et l'oubli des souffrances endurées.

P. C. le … mai 1945
Signé : le lieutenant CURIAL
Chef du 2ème Bureau

En ce mois de mai 2016, je pense que ça ne peut pas nous faire de mal de découvrir ce document !
Nos aînés , malgré leurs souffrances et leur fatigue "rêvent d'une Union Sacrée " pour redresser LA France.

Relisant ce CR, je pense qu'il doit être de Juin puisque à un moment le 31 mai est mentionné.
Enfin, détail surprenant ... ... ... : le rédacteur n'utilise pas une seule fois le qualificatif "Juif" !

Que la Mémoire Vive !

Cordialement

LCD
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